Aux rivières d'Ardèche - Récits d'un coeur sensible

Il est très rare que je fréquente des lieux bruyants, remplis de monde. Ca provoque une solitude heureuse, sereine, le plus souvent auprès des rivières en Ardèche. Partager cela avec une amoureuse reste un rêve précieux : prendre soin d’une fille sensible serait tellement une magie. L’absence creuse un vide paisible. Un jour peut-être, ce sera toi qui me trouveras.

Nos solitudes ne se touchent pas encore, mais la rivière les relie déjà.

Dimanche 12 juillet

Joyeuse, Le Petit Rocher - La vie est tellement merveilleuse sans toi.
(Et elle serait tellement meilleure avec toi)

Attente de rencontre amour

Dimanche 15 juin

Joyeuse, Le Petit Rocher - Hier, la rivière portait l’ambiance agréable des premiers beaux jours. Sur la plage, la vie battait son plein. Des gens heureux, des enfants qui jouent.

A l’écart, une femme seule lançait un bâton à son chien. Il y avait dans sa silhouette une discrétion magnifique, une grâce tranquille qui n'attendait rien, qui aimait juste le bruit de l'eau et la complicité avec son animal. En la regardant, une pensée m'a traversé l'esprit, douce et évidente : « Ça aurait tellement pu être elle. Une femme sensible, une amoureuse à chouchouter, à envelopper de tendresse. »

Je n'ai rien dit. Je n'ai pas bougé. Parce que le respect d'une bulle de solitude est primordial, et que l'intrusion abîme la beauté des moments simples.

Je suis un homme heureux, profondément ancré dans ma vie ici, en Ardèche. Mais je suis aussi un homme discret. Mon désir d'ouvrir mon cœur à une véritable histoire d'amour ne se devine pas. L'été s'installe, les plages de rivière se remplissent, les cœurs se mettent dehors. Et je sais aujourd'hui qu'attendre sur la rive ne suffit plus.

Il est temps que mon silence apprenne à parler un autre langage – un non-verbal qui n'est plus seulement bienveillant, mais qui ose dire : « Mon cœur est prêt à t'accueillir ». L’ambivalence, celle d’une vie bien remplie, mais aussi le vide, celui du manque de toi. Comme la dernière pièce d’un puzzle.

Selon le regard qu’on porte à l’instant, soit on ne voit que le trou, soit on devine que le bonheur est proche.

Mardi 9 juin

Il y a des soirs où je regarde les lumières de l'Ardèche s'éteindre une à une, et je ne peux m'empêcher de penser à toutes ces personnes silencieuses, proches ou lointaines, toutes inconnues : cette fille qui reçoit 40 notifs inutiles et aucun sms affectueux. Ces instants volés à la nuit ; ce que j’imagine de ta solitude, devenue presque trop lourde à porter. Quelqu'un saura-t-il franchir l'armure de ton blindage, construite pour ne plus souffrir ?

Je sais ce que c'est que de flotter dans l'illusion d'une delusionship, ce moment suspendu où l'on invente des scénarios magnifiques avec un garçon que l’on sait d’avance red flag. On réinterprète un message, on s'accroche à un sourire banal, non pas par naïveté, mais parce que le cœur a une faim de loup. Une faim de tendresse tellement viscérale qu'une miette d'attention ressemble à un festin.

Une partie de vie qui cesse de décoder les silences comme s'ils annonçaient toujours un abandon, en somme, réécrire le scénario. L’Ardèche est bienveillante. J’ai tellement conscience que c’est ultra-rare, partout où je vais, sans détour je le vois. Le vrai glow up, ce n'est pas de changer de visage ou de silhouette pour plaire à un univers qui se fout complètement de toi. C’est te donner envie de croire à nouveau en toi.

Ici, entre les rivières et les pierres chaudes, le temps coule différemment. Tout est un peu hors du monde. Attendre des messages qui n'arrivent pas, regarder le béton de la ville, je me plonge en ton regard fatigué. Tu n'as pas à mériter cette douceur. Tu y as droit, simplement parce que ton cœur est vivant.

Partager vie avec une amoureuse

Lundi 8 juin

Bibliothèque de Joyeuse - J’ai appris, avec le temps, à porter ma solitude comme on porte un manteau trop grand : avec une forme de maladresse touchante. Je veux que l’on devine, en me voyant, que je suis un homme qui a un coeur sensible. Pas seulement les mots, mais ce qu’il y a derrière. Les silences. Les hésitations. Les choses trop lourdes pour être dites.

Si une femme me regarde, je désire qu'elle voit en moi un refuge. Juste un endroit où poser sa tête, où poser ses peurs, où poser ses rêves sans crainte qu’on les brise.

Elle se mettrait à la table d’en face, ou peut-être à côté de moi, et je sentirais son parfum avant même de l’avoir vraiment vue : quelque chose de doux, de végétal, comme une forêt après la pluie.

Je ne lui parlerais pas tout de suite, peut-être jamais - trop timide et ce n'est pas nouveau ! Et puis, un jour, nos regards se croiseraient.

Je ne sais pas si elle existera, un jour. Peut-être n’est-elle qu’un rêve, et de mon besoin de croire que la beauté peut encore advenir. Mais je continue à venir ici, à cette table, à cette heure, comme on va à un petit rendez-vous du bonheur.

Je crois aux rencontres qui mûrissent lentement, comme un fruit au soleil. À celles qui naissent d’un regard, d’un sourire qu'on avait pas prévu.

Je ne sais pas si elle viendra. Peut-être que je ne la reconnaîtrai pas, quand elle sera là. Peut-être qu’elle passera à côté de moi sans que je l’aie vue. Mais je continue à croire que certaines choses sont écrites, quelque part, dans un langage que nous ne comprenons pas encore.

Demain, peut-être, sera le jour où tout basculera.

Mardi 26 mai

On traverse les jours comme on arpente une terre aride caillouteuse, l'esprit rivé aux rouages d'un quotidien pressé et pressurisé. La société moderne est cruelle : elle exige le geste efficace, mais oublie de nourrir l'âme. Dans ce tapage mécanique, l'espace des douceurs se dégrade. On oublie de s'arrêter.

Pourtant à chaque fois que je retrouve la rivière, le désir de tendresse demeure intact, mon rêve de te chouchouter ressurgit, presque blessé.

Sans même te connaître, ta présence me manque.

Prendre soin de toi, de ton coeur sensible, effleurer la soie de ton épaule, offrir un refuge de bras ouverts ; ce n'est pas un simple geste, c'est un séisme de lumière. Chouchouter, protéger, aimer sans retenue : là réside la véritable urgence.

Chaque fois que je vais à Joyeuse auprès de la rivière, je rêve de toi amoureuse. Une âme-sœur avec qui réapprendre la lenteur des caresses et la poésie des jours à deux. Je sais qu'il faut de la patience, tu seras là quand je ne m'y attendrai pas.

Vendredi 22 mai

Mon enfant de 4 ans se jette sur les inconnus et leur fait un gros câlin. Elle est juste incroyable et surprenante. J’ai longtemps considéré qu’en tant que cœur sensible disponible, être un homme avec une enfant est une barrière ; c’est une frontière de l’invisible. C’est exprimer par un non-dit : j’ai une enfant dans ma vie, je l’adore – former une relation amoureuse avec toi, c’est t’imposer cela.

En réalité, je ne cherche pas une maman de remplacement. Je ne cherche pas à faire fonctionner, c’est déjà actuellement génial. Notre vie à tous les deux est merveilleuse, par rapport à tellement de monde en tout cas. C’est une vie équilibrée et heureuse. Ce qui manque, c’est de partager ça avec une amoureuse. Ce qui est une barrière, c’est juste dans ma tête. Hier il s’est passé quelque chose.

A Joyeuse à la rivière, il y avait deux filles qui prenaient une courte pause au soleil, rare et agréable.

À force de vouloir être irréprochable et de ne surtout pas paraître dérangeant, j'efface toute forme d’expression romantique. Je suis perçu comme un homme rassurant (un bon papa, l'ami fiable), mais pas comme un partenaire amoureux potentiel. Si je reste toujours dans le fonctionnement, je ne donne pas de prise à l'autre pour s'attacher ou être intriguée.

Hier, il s'est passé quelque chose au bord de la rivière. Mon enfant a été leur demander leurs prénoms (elle n'a aucun filtre !)

Auprès d'elles, j'ai réussi pour la première fois à exprimer par le non-verbal que je suis un coeur disponible.

Ce n'était pas le but avec elles deux, elles n'en ont pas besoin – encore que, je n'en sais rien, c'est vite jugé – mais je voulais juste sortir du cercle vicieux de la discrétion, devenue presque-toxique dans ma vie. J'ai réussi. Et Ava a été accueillie. Une des inconnues jouait avec la petite. Tu parles qu’elle était contente ! Ca témoigne tellement que la frontière n’existe que dans mon cœur. Elle s’est effondrée cette barrière ; c’est logique et tellement bien.

Ca veut dire qu'un jour, j'aurai le droit à partager la vie d'une amoureuse. Les cœurs disponibles finissent toujours par se croiser auprès de la même rivière.

Femme en manque de tendresse

Jeudi 21 mai

Je ne connais pas encore ton visage.

Je ne connais pas le son de ta voix, ni la manière dont tu regardes quand tu es fatiguée, ou quand quelque chose te touche vraiment. Et pourtant… il y a une place pour toi ici. Une place calme, discrète, qui ne demande rien d’autre que d’exister.

Parfois, j’imagine simplement que tu es là.

Pas comme dans un rêve irréaliste. Je sais que tu seras là quand je ne m'y attends pas. Quelque chose de doux, qui ne force rien. Comme si tu t’asseyais près de moi sans faire de bruit, sans avoir besoin de combler le silence.

J’imagine tes cheveux sous mes doigts. Je prends le temps, comme si chaque geste devait d’abord te demander la permission, sans mots.

Comme si je voulais te dire, sans parler : ici, tu peux t'éloigner de la dureté du monde.

Je ne sais pas si tu seras fatiguée, ce jour-là. Peut-être un peu. Peut-être que tu porterais des choses que tu ne dirais pas tout de suite.

Je resterais juste là.

Mes doigts glisseraient doucement jusqu’à tes épaules. Toujours avec cette attention presque silencieuse. Je poserais mes mains avec précaution. Et si tu fermais les yeux, même un instant, je crois que je ralentirais encore. Parce que dans ce moment-là, ce n’est plus moi qui compte. C’est l’espace que tu trouves.

Un endroit où tu n’as rien à jouer.

Rien à prouver.

Rien à cacher.

Je ne sais pas si tu es quelqu’un de forte, ou de sensible, ou un peu des deux. Mais j’aimerais que, avec moi, tu n’aies pas besoin de choisir.

Que tu puisses être fragile sans te sentir en danger.
Que tu puisses être silencieuse sans te sentir ignorée.

Un endroit simple.

Un peu comme un refuge. Quelqu’un qui fait attention. Où tu n’as pas besoin d’anticiper la suite.

Je ne sais pas quand tu arriveras. Cette place existe déjà, elle ne dépend pas de ta perfection, ni de ton apparence. Chaque jour me rapproche de toi que je rêve.

Le petit truc génial d'aujourd'hui : Une caissière de l'intermarché m'a dit, sur 10 personnes, seules 3 m'ont dit bonjour. Je lui ai dessiné 7 bonjour sur des cartons dessinés avec soin. Je vais lui donner la prochaine fois.

Homme au coeur sensible en ardèche, qui recherche une amoureuse

Dimanche 17 mai

Ce matin, le soleil se lève doucement sur Lablachère. Quelle chance d'avoir du beau temps, ça faisait longtemps. Dans quelques heures, le marché va s’animer : les étals colorés, l’odeur du pain chaud, les voix qui se mêlent, cette vie joyeuse du dimanche.

Je m’y rendrai doucement, avec le cœur débordant de tendresse calme. J'aime sourire en silence, offrir un regard bienveillant ou une parole douce aux inconnus.

J’ai envie de chouchouter une femme : lui porter son panier quand il devient lourd, lui choisir une fleur ou un fruit mûr juste parce que ça la fera sourire, marcher à ses côtés dans le bruit du marché tout en créant autour d’elle une petite bulle de paix.

Mes rêves sont de ceux d'une présence féminine sensible, une femme qui, comme moi, apprécie ces moments simples où l’on se sent vivante, vue et en sécurité. Une femme à qui je pourrais offrir ma patience, mon attention réelle et cette envie profonde de prendre soin d’elle sans qu’elle ait à le demander.

Pour l’instant je reste encore un peu invisible dans la foule, mais je sais que les plus belles histoires commencent souvent par un regard échangé au milieu du mouvement, un sourire timide, une conversation qui naît sans le faire exprès.

C'est une lumière intérieure que j’ai hâte de partager.

Petit moment merveilleux d'aujourd'hui : j'ai déplacé un bébé moineau qui était au milieu de la route, rendu à ses parents !

Samedi 16 mai

Hier, mes pas m'ont mené au Petit Rocher à Joyeuse, auprès de la rivière. C'est une plage fréquentée. C'est un spot idéal pour ramasser des plantes à foison, pour pouvoir ensuite les cuisiner.

Dans ce décor simple et quelque part, proche du merveilleux, les gens sont au bord de l'eau, une tranquillité bienveillante. Au fond de moi, une évidence vibre : mon quotidien appelle une amoureuse, une compagne avec qui partager cette douceur. Parfois, la timidité me donne l'impression d'être invisible, comme si ce désir immense de donner des kilos d'affection restait enfermé en moi.

Cette solitude silencieuse pourrait être confondue avec une souffrance. Mais il n'en est rien.

Chaque pas vers la rivière, chaque journée passée à cultiver mon propre bonheur et ma stabilité avec mes plantes est une chance de plus de croiser ton chemin. L'absence crée parfois un sentiment d'attente, une impression de gâchis face à tant d'amour disponible, mais je choisis de transformer ce temps.

Je veux entrer dans la vie d'une femme non pas comme une pression qu'elle devrait porter, mais comme un homme déjà heureux, ancré et serein. C'est ma manière de prendre soin d'elle, avant même de la connaître : lui offrir une présence qui ne réclame rien, mais qui se propose comme un petit refuge confortable, un sanctuaire de tendresse où elle pourra, elle aussi, déposer ses armes et se sentir pleinement en sécurité.

Une plante ne fleurit pas le jour-même où j'ai nettoyé la terre autour d'elle. Nos chemins se croiseront. Le petit point positif d'hier : j'ai appris à une enfant à faire des ricochets.

Vendredi 15 mai

J'ai cru que la solitude était une porte close qu'il fallait forcer, par la force de la volonté. J'ai fini par comprendre une vérité presque paradoxale : au plus je te recherche, au plus je ne te trouverai pas. L'obstination de la quête est un bruit qui couvre le murmure des rencontres possibles. En voulant absolument te trouver, je ne faisais que creuser la distance.

Il en va de même pour l'espoir de ta venue : au plus je t'attends, au plus tu seras absente. L'attente transforme le temps en un désert aride ; elle fait de chaque seconde un manque de toi. On ne rencontre pas quelqu'un depuis un manque, car le besoin érige des barrières là où l'on voudrait des ponts.

Aujourd'hui, mon quotidien est une vibration silencieuse de mon être. Je respire avec mon cœur fabriqué comme un refuge, un espace de paix et de lumière où l'on a envie de se poser : offrir des signes non verbaux que mon coeur est ouvert.

C’est là que tu seras là, sans que je m’y attende, comme une évidence qui s'installe simplement parce que, pour la première fois, la place est prête. Pour que mon cœur soit un refuge, il faut tout de même que la porte soit visible. Ce n'est pas forcément résolu, mais c'est justement ça qui est magique.

Regard d'un homme qui espère une rencontre sincère au bord de l'eau

Mardi 12 mai

La Beaume coule lentement. Elle a connu les crues violentes et les étiages qui laissent les pierres à nu. Moi aussi. Quatre années à marcher seul sur ses berges, à laisser la rivière emporter ce qui faisait trop mal. Aujourd’hui je viens sans armure, seulement avec ce qui reste : une présence calme, un regard qui ne fuit plus, un cœur qui a appris la lenteur.

J’écris ici pour celle qui, comme moi, a connu le silence après la tempête. Celle dont les sourires sont plus rares et plus vrais. Celle qui s’arrête parfois au même endroit, les bras croisés sur sa poitrine comme pour tenir encore ensemble les morceaux.

Je suis l’homme qui a appris à rester, auprès d’une rivière qui n’oublie jamais où elle va. Je suis seulement une rive où deux fatigues peuvent se poser sans explication. Un endroit où le bruit de l’eau couvre les douleurs, où un silence partagé vaut toutes les déclarations, où l’on peut dire, d’un simple regard : J’ai connu la nuit. Toi aussi. Et pourtant je suis encore capable d’offrir de la lumière.

Chaque jour je te rêve ; chaque lendemain me nourrit de ton absence, autant que de ton espérance, celle de croiser ton chemin.

Trouver un amoureux dans la douceur d'un soir en Ardèche, une place est libre à mes côtés

Lundi 11 mai

L’avantage d’écrire et de n’être lu par personne, c’est l’authenticité. On ne peut plus brut de décoffrage.

Récit de l’invisible aux journées répétitives : je suis transparent. Ca fonctionne très bien au quotidien. Je n'ai pas des activités franchement sociales (du genre aller à la fête votive de mon village), mais dans la routine, je rencontre des femmes inconnues : à la rivière, dans la rue, au magasin. Mon réseau social est pas mal constitué de familles bien établies. J'ai une enfant de 4 ans, ce qui provoque qu'on va aux jeux, aux activités. Du fonctionnement, très bien est un sentiment solide ; toutefois hormis des discussions agréables, il ne se passe complètement rien d'un point de vue sentimental.

Je tomberais volontiers amoureux de la caissière, mais je n’en dis rien. Je suis la personne très gentille, très agréable, mais jamais rien d'amoureux ne se passe. A ce rythme, on peut vite avoir l'impression d'être une pièce de puzzle parfaitement intégrée au décor, mais que plus personne ne regarde vraiment parce qu'elle est finalement à sa place : tout fonctionne tellement bien.

Je ne dis rien pour ne pas gêner. À force de vouloir « ne pas déranger », j’efface inconsciemment tous les chemins, c’est comme une barrière de l’invisible. Une discussion où l'on reste en surface : la météo, le quotidien, l'enfant (…) c'est confortable, mais c'est neutre.

Dans les parcs ou les activités, on me voit d'abord comme un papa poule (j’avoue, je suis !!!). Les femmes que je croise dans ces contextes sont aussi en mode gestion logistique. Si je n'émets pas de signaux indiquant que je suis un homme seul et disponible, elles me classent inconsciemment dans la catégorie famille établie, même si je suis célibataire.

Si je me comporte comme quelqu'un qui ne veut pas déranger, les gens font exactement cela : ils ne me dérangent pas. Ils ne me sollicitent pas, ne me courtisent pas, car je projette une image de quelqu'un qui va bien tout seul et qui est très poli. C’est vrai que tout va super bien, mais mon cœur voudrait chouchouter, je crois, je ressens.

Honnêtement, j’ai l’impression que je n’ai pas besoin de devenir un dragueur ou quelqu'un d'entreprenant. J’ai juste besoin de remettre un peu de « désir d’amour » dans les paroles, dans les interactions, qui sont actuellement trop focalisées sur le contexte, l'organisation.

Alors, dans le désir d’exister en dehors de schémas toxiques – ou plutôt que je façonne telle une auto-intoxication – chaque jour je vais « essayer » un très petit geste. Au lieu de rester dans la discussion fonctionnelle, je vais essayer d'utiliser la vulnérabilité. Par exemple, au lieu de dire : il fait beau aujourd'hui, je vais dire : je me suis rendu compte que je passais mes journées entre les jeux pour enfants et le boulot, alors j'ai décidé de venir ici pour rencontrer de nouvelles personnes.

C'est une phrase qui n'est pas périlleuse, mais ça pose un cadre : je suis un homme seul qui ouvre son cœur. J’en tremble déjà comme un papillon apeuré, c’est autant nécessaire que désirable.

Lundi 4 mai

Depuis Rosières, Centrakor. Entre deux rayons de métal froid, sous la lumière crue des néons, elle m’est apparue comme une note fragile au milieu du vacarme. Elle ne cherchait rien, elle semblait dériver. Ses épaules, légèrement voûtées, portaient tout le poids d'un silence trop long, et ses mains effleuraient les objets comme si elle cherchait, dans le plastique ou le verre, une chaleur que le monde lui refusait.

C’était une évidence qui serrait le cœur : elle criait la solitude sans dire un mot. Une faim de peau si vaste qu'elle en devenait une aura, un appel muet à être simplement tenue, bercée, protégée du vide. J’ai senti, à cet instant, toute la tendresse qui dormait en moi, prête à déborder, cette envie folle de lui dire qu'elle n'était pas invisible.

Mais je suis resté immobile.

Par pudeur, par peur de briser ce cristal, par crainte d'être l'intrus dans son sanctuaire de tristesse, j'ai détourné le regard. Je suis passé à côté d'elle comme on passe à côté d'un miracle qu'on n'ose pas toucher.

Il en reste ce goût de gâchis, une amertume douce : l'écho de deux solitudes qui se sont frôlées sans réussir à se découvrir, et tout cet amour qui, aujourd’hui, n'aura nulle part où se poser.

Femme au Coeur sensible

Dimanche 3 mai

Depuis Rosières, Rivière Beaume, La Tourasse. C’est un étrange voyage silencieux que celui d’un cœur qui déborde dans le vide. C’est porter en moi un océan de tendresse, une marée haute pourtant calme, qui cherche un rivage où s’échouer sans même de chemin tracé. Je ne rencontre que le silence de l’horizon.

Avoir tant de tendresse tandis que le monde crève de solitude et de nouvelles si dures, c’est perdurer un quotidien sans amoureuse à chouchouter ; l’idée de posséder un jardin secret dont les fleurs, à force de n'être jamais cueillies, finissent par plier sous leur propre poids. C’est un cadeau précieux que je serre contre moi jusqu'à en avoir les bras endoloris, faute de pouvoir le déposer dans tes mains.

Il y a cette sensation de trop-plein – presque lourd quelquefois – qui ressemble à une brûlure. On voudrait border les rêves de quelqu’un, s’inquiéter d’un soupir, réchauffer une main froide, transformer tout cet or intérieur en petits gestes du quotidien. Ne pas pouvoir le faire, c’est vivre un hiver qui s’étire : en attendant le printemps, il ne se trouve aucune terre à faire fleurir.

Assis auprès de la rivière, le monde bruyant très loin là-bas : je t’y imagine, tandis que je peux profiter de ce paradis paisible – presque injustice tant j’aurais aimé te l’offrir. Des plantes ondulent dans un courant lent. Je regarde ma propre tendresse se refléter dans l'eau : elle n'est pas perdue, elle irrigue simplement la terre en attendant de rencontrer un cœur sensible qui de même, regarde l’eau. Loin, en aval, là où tu es.

Écrire l’espoir, c’est imaginer que quelque part, plus loin dans le courant ou de l’autre côté de la rive, une âme tout aussi délicate cherche elle aussi ce reflet. On finit par confier un secret au fil de l’eau : aimer en ton absence n'est pas une errance, c'est un secret murmuré à la lumière. L’espoir, c’est de se dire qu’au détour d’un méandre, là où le vent se calme, nous nous trouverons.

Homme attentionné

Vendredi 1er mai

Depuis Joyeuse, Rivière Beaume. Au creux de mon silence, là où l’âme se fait méandre, coule un désir limpide, une onde qui ne cherche que son rivage ; Je rêve d'être pour toi ce lit de mousse et de galets doux, où ton sillage viendrait enfin se reposer dans une tendresse sans mot.

J’aimerais te câliner dans le cercle de mes bras comme protège l'eau dormante des colères du large. Te serrer contre moi – l’amoureuse de mes rêves – et devenir ce confluent où nos deux courants se mêlent sans se heurter, dans la fluidité absolue nos caresses. Je voudrais que mes mains soient comme le murmure d'une source : lavant chacune de tes fatigues déposées par strates en ton cœur.

T’entourer et protéger ton cœur d’un monde devenu fou, une brume matinale sur le miroir des étangs. Mon cœur trop sensible t’espère dans le scintillement de l’eau aujourd’hui, l'abri de roseaux berce mes fragilités. Je voudrais t'aimer à la manière de l'eau : invisible et présent de chaque instant. Tu es peut-être là sans que je ne le sache, chaque jour je me nourris de ton absence.

Envie de partager la lumière de mon coeur

Jeudi 30 avril

Depuis Rosières, Rivière Beaume. Au bord du courant, là où la rivière Beaume murmure, je viens poser ma peau sur la pierre tiède. L’eau caresse mes chevilles comme une main ancienne, fraîche et vivante. Le soleil filtre à travers les feuillages et dessine sur mon corps des ombres légères, presque des caresses. Ici, la solitude n’est pas vide. Elle est pleine du bruit doux des galets qui roulent, du parfum d’herbe chaude et de cette lumière qui danse sur l’onde.

Parfois, mon regard glisse vers une silhouette féminine un peu plus loin, immobile et recueillie. Je ne cherche pas à briser son silence. Je l’admire simplement, comme on admire une fleur sauvage qui s’ouvre au même soleil que moi. Son corps, que l’eau ou l’air caresse, me rappelle que la beauté la plus pure naît souvent dans ces instants où l’on n’attend rien. Et pourtant… une envie calme de sentir une présence à mes côtés dont le souffle épouserait le rythme de l’eau.

Si tu viens un jour t’asseoir près de ces flots, si tes yeux rencontrent les miens, nous n’aurons peut-être pas besoin de mots. Juste la rivière qui continue son chemin, et deux solitudes qui, un instant, se reconnaissent. La pierre sera encore chaude. L’eau toujours fraîche. Et le monde, pour un moment, parfaitement à sa place.

 


Vincent

Habitant de Lablachère, entre vignes et rivières.
Papa poule et cœur à l'écoute, je cultive ici un jardin de mots en attendant de partager mes silences avec une femme sensible.

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